Le courage de la solitude
Les patrons de Très Petites Entreprises (TPE) sont seuls face à la lourde charge de gérer, produire et vendre. Pour tenir et assumer ce choix qui quelquefois n’en est pas un, il existe une arme : le courage. Comment mobiliser cette force intérieure ?
par Jean-Paul LUGAN
, le 14/10/2010
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Dans son commerce de proximité, Jacques attend derrière sa caisse qu’un client vienne égayer sa matinée par une présence chaleureuse. Ce n’est pas seulement sortir de sa solitude, c’est aussi se dire que l’on va vendre, gagner sa vie, se réaliser. « J’ai choisi de créer mon entreprise car c’était la seule façon de faire le métier qui me plaisait. L’envie a pris le pas sur la raison. Pour autant, cette indépendance, je la paie cher. Je suis seul du matin au soir et cela est pesant », confie le rictus aux lèvres, ce jeune artisan bijoutier.
Comme lui, tant d’autres se plaignent de cet isolement qui a un coût financier, professionnel et personnel comme en témoigne la voix fatiguée, Maryse décoratrice : « J’aime mon métier mais ce n’est pas facile d’assumer seule une activité. Je suis seule face à mon banquier pour négocier mes découverts ; seule face aux clients qui me stressent avec leurs exigences excessives ; toujours seule à imaginer ce que je peux leur proposer ».
Faire le choix de la TPE, c’est apprendre à travailler sans les autres car le petit patron n’a pas assez d’activité pour embaucher un salarié. C’est aussi se passer d’un partenaire pour échanger ses idées ou prendre un peu de repos, voire des vacances comme le souhaiterait, Henri, qui tient un garage à Montpellier : « Je prends peu de congés. Depuis cinq ans, je ne vois mes enfants que le dimanche. Ca m’use et me donne quelquefois l’envie de reprendre un poste de salarié. Mais où ? ». Cette solitude met les indépendants face à leurs limites intellectuelles, psychologiques et physiques. Pour autant, il faut tenir, se lever tous les matins malgré les déceptions qui jalonnent le quotidien et faire face avec courage. Alors comment mobiliser ce courage ?
Quatre leviers. Pour tenir et faire face, chaque patron de TPE dispose de ressources personnelles comme le sens du devoir, la lucidité, le mental et la capacité à s’évaluer justement. Le sens du devoir constitué de principes de vie comme le respect de soi et des autres, le professionnalisme, la rigueur et l’esprit client. « Quand un client me demande une réduction supplémentaire alors que j’ai déjà bien baissé, je refuse. Quitte à perdre un projet, je veux que l’on respecte la valeur de mon travail. C’est pas facile de renoncer surtout quand on n’a pas les moyens de le faire », clame fièrement, Frédéric, webdesigner. La lucidité permet de faire face aux situations difficiles, avoir conscience de ce que l’on peut faire ou supporter, pour repousser les limites de son possible. « Lorsque j’ai été injuste avec un de mes salariés, je pourrais ne pas reconnaitre mes erreurs au motif que je suis le patron. Cependant, je prends sur moi et avec courage je vais m’excuser. Pas facile de reconnaitre ses égarements dans un métier ou la virilité est un mode de management traditionnel » révèle, Sylvain, patron charpentier depuis 5 ans. Il y a dans cette attitude le don et le dépassement de soi. Le troisième levier est notre aptitude à mobiliser des ressources mentales qui se nichent selon les individus soit dans la tête soit dans le cœur. Prendre du recul quand on est pris au piège de ses affects et mobiliser sa tête pour calmer un cœur en colère, triste ou apeuré est une force. Souriante, Chrystelle, avocate témoigne : « Quand je sens que je vais avoir un client réputé caractériel, je visualise l’entretien du mieux possible et respire pendant quelques minutes avant de le rencontrer. Ensuite, j’y vais et j’affronte ». Enfin pour faciliter une attitude courageuse, il est utile de s’évaluer. A défaut de manager ou de coach pour être formé, recadré, et progresser, il faut être capable de se donner des repères. Accepter ce qui ne va pas, pour grandir et faire face. C’est une façon courageuse de prendre confiance en soi et d’être capable d’affronter les situations difficiles. La solitude oblige à plus d’habilité et à s’évaluer justement sur ce que nous avons bien fait ou pas. « Que je gagne ou que je perde un appel d’offres, je fais toujours l’autocritique de ma prestation. Je demande au client ce qu’il a pu apprécier ou pas dans ma proposition. Cela m’aide à ne pas reproduire les même erreurs et à trouver la force d’aller plus loin », soutient Jean-Philippe, ayant fait l’aventure de la TPE, en s’installant en tant que consultant indépendant sur Paris, il y a cinq maintenant. Ai-je bien fait ? Quels sont mes points forts ? Où puis-je encore progresser ? Autant de questions dont les réponses sont une source d’énergie pour donner toujours plus de soi et se dépasser.
Comme lui, tant d’autres se plaignent de cet isolement qui a un coût financier, professionnel et personnel comme en témoigne la voix fatiguée, Maryse décoratrice : « J’aime mon métier mais ce n’est pas facile d’assumer seule une activité. Je suis seule face à mon banquier pour négocier mes découverts ; seule face aux clients qui me stressent avec leurs exigences excessives ; toujours seule à imaginer ce que je peux leur proposer ».
Faire le choix de la TPE, c’est apprendre à travailler sans les autres car le petit patron n’a pas assez d’activité pour embaucher un salarié. C’est aussi se passer d’un partenaire pour échanger ses idées ou prendre un peu de repos, voire des vacances comme le souhaiterait, Henri, qui tient un garage à Montpellier : « Je prends peu de congés. Depuis cinq ans, je ne vois mes enfants que le dimanche. Ca m’use et me donne quelquefois l’envie de reprendre un poste de salarié. Mais où ? ». Cette solitude met les indépendants face à leurs limites intellectuelles, psychologiques et physiques. Pour autant, il faut tenir, se lever tous les matins malgré les déceptions qui jalonnent le quotidien et faire face avec courage. Alors comment mobiliser ce courage ?
Quatre leviers. Pour tenir et faire face, chaque patron de TPE dispose de ressources personnelles comme le sens du devoir, la lucidité, le mental et la capacité à s’évaluer justement. Le sens du devoir constitué de principes de vie comme le respect de soi et des autres, le professionnalisme, la rigueur et l’esprit client. « Quand un client me demande une réduction supplémentaire alors que j’ai déjà bien baissé, je refuse. Quitte à perdre un projet, je veux que l’on respecte la valeur de mon travail. C’est pas facile de renoncer surtout quand on n’a pas les moyens de le faire », clame fièrement, Frédéric, webdesigner. La lucidité permet de faire face aux situations difficiles, avoir conscience de ce que l’on peut faire ou supporter, pour repousser les limites de son possible. « Lorsque j’ai été injuste avec un de mes salariés, je pourrais ne pas reconnaitre mes erreurs au motif que je suis le patron. Cependant, je prends sur moi et avec courage je vais m’excuser. Pas facile de reconnaitre ses égarements dans un métier ou la virilité est un mode de management traditionnel » révèle, Sylvain, patron charpentier depuis 5 ans. Il y a dans cette attitude le don et le dépassement de soi. Le troisième levier est notre aptitude à mobiliser des ressources mentales qui se nichent selon les individus soit dans la tête soit dans le cœur. Prendre du recul quand on est pris au piège de ses affects et mobiliser sa tête pour calmer un cœur en colère, triste ou apeuré est une force. Souriante, Chrystelle, avocate témoigne : « Quand je sens que je vais avoir un client réputé caractériel, je visualise l’entretien du mieux possible et respire pendant quelques minutes avant de le rencontrer. Ensuite, j’y vais et j’affronte ». Enfin pour faciliter une attitude courageuse, il est utile de s’évaluer. A défaut de manager ou de coach pour être formé, recadré, et progresser, il faut être capable de se donner des repères. Accepter ce qui ne va pas, pour grandir et faire face. C’est une façon courageuse de prendre confiance en soi et d’être capable d’affronter les situations difficiles. La solitude oblige à plus d’habilité et à s’évaluer justement sur ce que nous avons bien fait ou pas. « Que je gagne ou que je perde un appel d’offres, je fais toujours l’autocritique de ma prestation. Je demande au client ce qu’il a pu apprécier ou pas dans ma proposition. Cela m’aide à ne pas reproduire les même erreurs et à trouver la force d’aller plus loin », soutient Jean-Philippe, ayant fait l’aventure de la TPE, en s’installant en tant que consultant indépendant sur Paris, il y a cinq maintenant. Ai-je bien fait ? Quels sont mes points forts ? Où puis-je encore progresser ? Autant de questions dont les réponses sont une source d’énergie pour donner toujours plus de soi et se dépasser.
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