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Débat : le capitalisme est-il moral ?


Le capitalisme est-il moral ? Une véritable interrogation mais qui relève plus de la philosophie que de l’économie. Une question qui risque de faire fuir les chefs d’entreprise. Une question très actuelle pourtant, en ces temps où tous nos modèles économiques vacillent. Élément de réponse avec André Comte-Sponville.*

par Valérie TALMON , le 12/12/2008 | Commentaires : 3
Lorsque l’on est plongé dans les affres du choix du statut, du montage financier de son entreprise, on ne se pose pas spontanément la question de savoir si le capitalisme est moral. Non. De même qu’un chef d’entreprise en prise avec les atermoiements de son banquier ou la chute de ses ventes sourira face à cette question. Quid de la moralité des affaires, du capitalisme face à la nécessité de sauvegarder des emplois ou de tout simplement faire manger sa famille ?
Pour autant, et c’est toute l’optique d’André Comte-Sponville, cette question, il est capital de se la poser. Tout d’abord parce que le contexte économique actuel nous amène, nous oblige, à se poser la question des valeurs sous-tendant notre système économique. Mais aussi, également, parce que nous sommes confrontés à la montée en puissance d’expressions très médiatiques telles que « l’éthique de l’entreprise » ou la tendance du commerce équitable.

« Ce serait bien la première fois que la vertu ferait gagner de l’argent ! »

« Markethique » : c’est avec ce néologisme qu’André Comte-Sponville ouvre les hostilités de la réflexion. « L’éthique est performante, elle améliore le climat de l’entreprise, nous dit-t-on… Cela me laisse perplexe, et même réticent. Ce serait bien la première fois que la vertu ferait gagner de l’argent ! », lance le philosophe. Une entreprise qui arrête de faire appel à des sous-traitants faisant travailler des enfants, et qui ainsi y gagne des clients en communiquant sur cette politique : c’est parfait. Mais on voit bien ici que ce choix ne relève pas d’un problème d’éthique ou de morale, puisque la stratégie est mûe par un intérêt. « Or, dès lors qu’il y a intérêt, souligne André Comte-Sponville, l’action n’a plus de valeur morale au sens de Kant. C’est l’exemple du marchand avisé : lorsqu’un commerçant n’est honnête que pour conserver ses clients, il agit certes conformément au devoir, mais pas par devoir. » L’éthique d’entreprise relève donc de la bonne gestion, d’une démarche marketing, mais pas de la morale.

« Ce n’est pas à l’économie de définir les limites de la décence »

Partant de ce constat, suivons André Comte-Sponville sur les chemins de la distinction des domaines. Quelles sont les limites données à l’économie, au capitalisme ? « Un économiste m’a un jour lancé que le cours du cacao était en deçà de ce que la décence pouvait tolérer, explique André Comte-Sponville. Certes, mais ce n’est pas à l’économie de définir les limites de la décence ! »
Ainsi, qui oserait lancer : « l’équation E= MC2 est vraie scientifiquement, mais est-elle morale ? » Personne, ce serait absurde. Pourquoi dès lors vouloir à tout prix coller ou non une étiquette « 100 % morale » sur le capitalisme, sur une entreprise ou un produit ? Selon le philosophe, l’économie, tout comme les autres sciences, n’a pas de limites éthique ni morale, à partir du moment où tout, un jour ou l’autre, pourra y être fait à condition qu’un marché existe. Marché des gènes, marché des droits à polluer : des cas concrets de notre quotidien.
D’aucun répliqueront que c’est alors à la loi, à l’État, de fixer des limites. « Cette optique n’est pas pertinente, dénonce alors André Comte-Sponville. En effet, quelle loi interdit le mensonge, le massacre ? Aucune. Notre histoire a même montré que la démocratie pouvait conduire au vote de loi raciste, à l’encontre des Juifs par exemple. Ce n’est donc pas la loi qui peut fixer une limite morale à l’économie. »
Un pâtissier industriel, souhaitant réaliser des investissements, qui demanderait conseils à un expert-prévisionniste sur l’évolution des cours du cacao et qui se verrait répondre : « De toute façon, ce cours ne peut que remonter car moralement, il est trop bas et affame ses producteurs », comment pourrait-il réagir ? Mal, forcément. Car lui, c’est à son affaire, à son business qu’il pense.
« Le capitalisme n’a rien à voir avec la morale. Il n’est pas immoral, il est amoral » conclu ainsi André Comte-Sponville.



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Commentaires

25/08/09 par ami32
Je suis assez d’accord avec mgharfaoui. J’ajouterais ceci : Il ne faut pas confondre l’objet et le but ! E=MC2 est un "objet" mais n’a pas de but en soi. Peut-on en dire autant du capitalisme ? Le capitalisme n’est qu’une construction humaine pour gérer les rapports humains. Qu’ils s’agissent des rapports de production, de répartition... et surtout au final d’adhésion de la majorité à ce système ; car le but ultime de tout système sociétal n’est-il pas de préserver la paix publique, d’apaiser les rapports humains ? Inutile de se demander si la démocratie est un système n’ayant jamais failli ! La question n’est pas de voir le résultat mais plutôt le pourquoi de l’existence même de la démocratie ! Si un meilleur système existait pour atteindre le but d’une société "morale, apaisée...", alors je choisis ce nouveau système. A l’inverse, si la démocratie envoie des millions de personnes à l’abattoir alors, on ne peut que lutter contre ce système !
La démocratie, comme le capitalisme ne sont que des outils. Et en tant que tel, il ne s’agit pas de savoir s’ils sont moraux ou non, mais plutôt de voir s’ils permettent d’atteindre ce pourquoi ils existent ! C’est-à-dire des buts "moraux, vertueux...". Posez en ces termes et on se rend compte que le capitalisme ne peut faire l’économie d’une discussion sur son efficacité "humaine" (voire même morale ?) ! Elle est au coeur de sa raison d’être ! Le capitalisme est-il un système vertueux, garantissant l’avenir de l’espèce humaine et des autres espèces ?... ou, est-il un système qui envoie des millions de personnes à "l’abattoir" ?
Le capitalisme préserve t’il les espèces ou nous dirige t’il vers la destruction ? Si ces effets sont négatifs ne faut-il pas le transformer ou en changer ? Comme en 1940, faut-il lutter ou suivre la masse ?!

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28/07/09 par mgharfaoui
Notre cher philosophe oublie un peu vite la différence entre une réalité scientifique "externe" comme E=MC2 et une réalité sociale et économique. La réalité scientifique n’a pas à être jugée sur la base de moralité ou immoralité mais sur le principe de la vérité ou non. L’économie, qui relève des sciences sociales, ne peut pas non plus être jugée sur le principe de la vérité. Il est aussi absurde de se demander si le capitalisme est vrai ou faux que de se demander si E=MC2 est morale ou pas. Le pâtissier qui voudrait acheter son Cacao pourrait être efficace mais non moral s’il le veut. Cependant les deux éléments (efficacité et moralité) ne sont pas indissociables. Le pâtissier peut aussi être efficace est moral en même temps. Le commerce équitable ne ruine pas les commerçants. Il leur montre seulement que leur bonheur n’a pas de sens s’il est basé sur le malheur des autres. Et si ce principe morale (qui s’applique d’ailleurs en occident puisqu’on s’acharne à garantir les avantages des travailleurs même si économiquement cela se révèle désastreux avec les délocalisations) si ce principe morale était général, si la course de certains profiteurs égoïstes ne trouvait pas le soutien des politiques qui se financent des ces affaires, la moralité ne serait pas aussi absurde que le dit M. Compte-Sponvile.

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01/04/09 par jeff31520
Ce livre est un peu court de la part d’un philosophe car il ne donne pas de piste claire sur la manière dont nos sociétés développées pourraient développer le sens moral de ses décideurs. Hier encore sur France Inter, un commentateur disait que ce ne sont pas les dirigeants des banques ou des entreprises qui sont immoraux, puisque le système tout entier leur donne raison de spéculer ou de chercher à faire les profits maximaux. C’est le système qui est perverti par une idéologie ultra-libérale : contre cette idéologie n’est ce pas le sens moral des citoyens et des responsables politiques qui pourront apporter non seulement des règles mais une nouvelle direction au progrès, qui donne un sens à nos efforts en matière économique ?

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News 10/03/10