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Où va la Gestion Prévisionnelle de l’Emploi et des Compétences (GPEC) ?


Le plan de formation tend à s’imbriquer à la GPEC, car la formation change, et d’autre part le facteur humain et la fonction RH deviennent reconnus comme stratégiques. De cette rencontre nait une ingénierie de la professionnalisation qui répond au besoin des entreprises de se doter de compétences qui tendent à se raréfier.

par Denis CRISTOL , le 08/01/2009 | Commentaires : 0

A) « De l’enseignement de masse obligatoire au développement du désir d’apprentissage individuel »

Le cedefop exprime le nouveau paradigme de la formation comme « l’effacement progressif de la logique d’enseignement sous la poussée d’une logique d’apprentissage dans ses dimensions formelles et informelles ». Nous pouvons développer cette idée en analysant la transformation du travail, l’évolution de perspective de la formation sous l’impulsion de la loi, et enfin le changement de rapport au savoir.
1 - La transformation du travail et des liens sociaux
Depuis 1968 la société a changé. La société, de hiérarchisée et stratifiée (grille de classification), s’est mis en mouvement. De l’autorité hiérarchique, on est passé au leadership de compétence. De la logique des postes et du travail prescrit, nous avons évolué vers des logiques d’adaptation à des événements, qui appellent un raisonnement, et des organisations par compétences. Aux identités professionnelles basées sur la qualification succèdent des identités professionnelles basées sur la compétence. Au-delà des résistances concernant ces changements identitaires, force est de constater que les identités de compétences sont plus fragiles, car liées à la maîtrise des situations, or celles-ci sont de plus en plus imprévisibles. Nous sommes passés en moins de 40 ans d’une problématique de partage de la croissance et de promotion sociale à l’urgence de l’intégration et de la lutte contre les discriminations. Au faible taux de qualifications des années 60 qui requérait des formations de masse, succède, dans le même temps, une élévation importante des qualifications pour une part de la population et une exclusion du savoir et des emplois pour une autre part. La discrimination à la formation et à l’emploi touche au premier chef les jeunes sans qualifications, les seniors, les femmes, les immigrés. Au chômage faible des années 60 a succédé un chômage de masse déstructurant et durable. Tout cela se produit, dans un marché de l’emploi en expansion (plus de un million de travailleurs salariés en 10 ans) mais qui peine à absorber les flux entrants en quantité et en qualité. Ces phénomènes provoquent des déséquilibres : des zones ou le chômage dépasse les 40 %, des diplômés de l’enseignement supérieur qui passent de petits boulots en petits boulots. Dans le même temps la société industrielle cède le pas à une société tertiarisée très urbanisée. Un nouveau continent émerge porteurs de nouvelles compétences ajoutées : le secteur quaternaire, ses travailleurs du savoir et leurs nouvelles techniques de communication et d’information, leurs nouveaux fonctionnements en réseau. À la « lutte des classes » vision collective des rapports sociaux, encore portés par des ouvriers et employés se juxtapose une individualisation forcenée et une « lutte des places » menée solitairement par un nombre croissant de cadres. L’espace National public et centralisé est contesté par des espaces régionaux dotés d’atouts inégaux et évoluant dans des dynamiques divergentes. Les branches professionnelles sont appelées à devenir un acteur central de la politique de formation. L’autorité des grandes institutions famille, école, syndicat, état, église se transforme. Ces grandes institutions n’ont plus les moyens d’imposer, elles cherchent à réguler. Elles peinent à répondre à des demandes qu’elles ne veulent, ne peuvent ou ne savent pas entendre. Les liens sociaux sont diversifiés. Aux liens uniques resserrés et imposés avec/par les grandes institutions, succède un maillage plus lâche des tissus sociaux. La nouvelle trame est basée sur des relations diversifiées : amicales, familles restreintes (souvent recomposées), associative (plus de 900 000 associations en France). La société renvoie aux personnes la construction de leurs projets, de leurs valeurs, de leurs références. Les personnes construisent leurs normes de comportement à partir de leur expérience. A l’engagement idéologique de masse, succède l’action ponctuelle de petits groupes pour une cause bien identifiée, coordination, militant écologiste, riverains, paysans…C’est bien l’engagement individuel, l’individuation qui deviennent de nouvelles clés de compréhension et d’action. Il était temps de faire évoluer la perspective donnée à la formation professionnelle pour répondre à tous ces changements.
2 - La loi consacre une évolution de perspective sur le sens de la formation
Il est difficile d’adopter une lecture linéaire des grandes périodes qui ont conduit au système de formation actuel. Pour Palazzeschi, le mot formation recouvre plusieurs réalités, qui se sont rencontrées et juxtaposées au fur et à mesure des lois et des mouvements sociaux. L’acception la plus ancienne relevée est celle d’éducation des adultes née en 1830 dans le projet de lutte contre l’illettrisme. L’éducation sera tour à tour qualifiée d’ouvrière, de permanente, de populaire, selon les projets des acteurs sociaux qui la promeuvent. Dans le même temps d’autres termes ont été utilisés comme promotion, recyclage, validation, reclassement, perfectionnement, ces termes envisagent plus précisément les finalités poursuivies. Le terme formation professionnelle continue est relevé dans les textes de loi de 1971, elle porte sur l’organisation de la formation professionnelle. L’éducation et la formation tout au long de la vie sont définies en 1996 dans le projet de la Communauté Européenne. Elle vise le développement d’une société cognitive. L’accord national interprofessionnel de 2004 consacre un nouveau projet : la formation professionnelle tout au long de la vie, comprenant de nouveaux droits, l’idée de professionnalisation, et de nouveaux mécanismes. Il est aussi possible de parler de « formation tout au large de la vie ». La VAE reconnaissant désormais l’ensemble des savoirs informels, incidents, buissonniers développés par les personnes. La loi remet le travail, les métiers, l’apprenant au cœur du dispositif. Faisant cela elle tient aussi compte des changements de rapport au savoir qui eux aussi sont modifiés.
3 – Le changement du rapport au savoir
Nous sommes dans une économie de la connaissance. Des informations en grand nombre sont disponibles sur Internet ou sur les intranets d’entreprises. Les travailleurs intègrent les fonctionnements en réseau. Les taux d’équipement des foyers en ordinateurs et d’accès au haut débit rattrapent le retard sur les grands pays industrialisés. Mais une fracture numérique s’installe entre les plus qualifiés (ayant aussi le plus fort taux d’accès à la formation) et les moins qualifiés. La mise à disposition d’informations ne suffit pas. Les changements de sens à opérer en chacun de nous pour qu’une information se transforme en savoir (mobilisable pour agir), puis se mue en connaissance (exploitable pour élaborer une pensée) nécessitent des dispositions particulières. Il s’agit d’adopter de nouveaux comportements, des capacités à apprendre, il s’agit encore d’agencer différemment les environnements d’apprentissage, et de développer les dispositions et l’envie d’apprendre. L’accompagnement individuel, la combinaison de solutions de formation au service de projets, font apparaître de nouveaux métiers, tournant autour de l’ingénierie de projet.
L’individualisation et l’autonomisation de l’accès au savoir rencontre l’assentiment conjugué de deux courants : les « libéraux de la formation » qui estiment que la formation est l’affaire de chacun, responsable de l’entretien de ses savoirs et de son employabilité. Ils encouragent la constitution d’un marché du savoir, et les modalités porteuses de potentialités économiques. Les technologies de l’information et de la communication, la formation ouverte et à distance proposent de se former plus vite, s’adapter en permanence, en juste à temps, au juste nécessaire. L’autre courant est toujours en quête de la « liberté pour apprendre » chère à Carl Rogers qui affirme :
« Le seul individu formé c’est celui qui a appris comment apprendre, comment s’adapter, comment changer, c’est celui qui a saisi qu’aucune connaissance n’est certaine et que seule la capacité à acquérir des connaissances peut conduire à une sûreté fondée ».
Le rapport au savoir devient ainsi :
- plus individualisé. Les parcours sont personnalisés, la culture des projets liée au besoin d’employabilité se développe, une subjectivisation des formes efficaces de formation et de reconnaissance s’opère
- plus autonome. Le rapport au savoir a le moyen de s’extraire des orientations exclusives de l’employeur ou des institutions éducatives notamment grâce à Internet.
- d’initiative personnelle, le CIF est renforcé, le DIF est ouvert aux demandes individuelles.
- marquée par une dimension intangible, les formations visent à mieux maîtriser un environnement fait de symboles, de processus, de représentations mentales et de systèmes. La maîtrise des savoirs transversaux la relation et la communication deviennent essentielles.
- plus ouvert , car il y a plus de temps libre, les modalités de techniques permettent des apprentissages à distance (TIC), des lieux ressources se développent et se densifient (bibliothèques, médiathèques, lieux culturels), les pratiques du tourisme et des voyages renforcent la curiosité et la diversité des centres d’intérêts.
- lié aux groupes. Les groupes jouent de nouveaux rôles médiateurs par le moyen des réseaux (physiques ou virtuels), par des groupes informels ou formels (groupe d’échange de pratiques).
- liés aux situations professionnelles. Les formes d’apprentissage intègrent fortement la situation de travail, car elles visent la maîtrise de compétence qui par définition se développe en situation. Les alternances s’imposent.
Pour Philippe Carré, il ne fait aucun doute que se développe une culture de l’apprenance. Les entreprises et les organismes de formation sont invités à construire une écologie de formation, constituée de système, de ressources, d’acteurs, … étayant et stimulant les engagements individuels. Cette écologie de la formation trouve son cadre naturel dans la GPEC, mais également dans la façon dont sont construites les organisations qui sont appelées à devenir apprenantes.



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News 15/03/10