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Quand « Travail » rimera avec « Santé »


Bien qu’encore mal comprises du grand public, les maladies professionnelles ne sont pas la nouveauté du siècle puisque déjà au XVII, Bernardino Ramazzini (1633-1714), médecin de son état, écrivait intensivement sur le sujet. Tout au long du XXe siècle et particulièrement durant les 30 glorieuses (1945-1973), de grandes améliorations sociales furent faites, permettant des avancées majeures au niveau de la qualité des conditions générales de travail et de vie. Hélas depuis la première crise pétrolière de 1973, la situation n’évolue plus guère et semble même se dégrader sur le début du nouveau millénaire.

par Frédéric PETIT , le 07/09/2009 | Commentaires : 0
Loin du contexte de l’industrialisation du XIXe siècle et de ses dramatiques conséquences, l’organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait pourtant en 2002, à plus de 160 millions les cas de maladies professionnelles et à plus de 250 millions le nombre d’accidents du travail. Et les derniers chiffres de l’INRS font état, pour 2007, de plus de 43.000 cas de maladies professionnelles, soit 3.3 % de plus qu’en 2006. À la vue de ces chiffres il n’est donc pas surprenant de voir une intensification des campagnes de lutte contre les TMS. (Troubles Musculo-Squelettiques [1])
La nouvelle campagne de prévention de 2009 met l’accent sur le caractère multifactoriel de ces maladies. Cependant, il reste à s’assurer que la notion même de « conditions » de travail vers lesquelles tous les doigts pointent, englobe bien l’ensemble des paramètres incriminables qu’ils soient biomécaniques, psychologiques, ou organisationnels, ils sont incontestablement la source majeure des maladies professionnelles en question. Toutefois, les origines de ces facteurs ne peuvent être limitées au seul lieu de travail. Il semble évident que la recrudescence de ces pathologies prend sa source bien au-delà, c’est-à-dire dans les contextes socio-économiques et comportementaux de notre société moderne.
Le contexte économique fleurissant d’après guerre a favorisé une croissance « sociale » sans précédent : plein emploi, augmentation du pouvoir d’achat et des loisirs. A l’inverse, un contexte socio-économique en régression entraîne avec lui une dégradation des conditions de travail. Les « conditions de vie » connues par une ou deux générations privilégiées ne sont donc plus d’actualité et la réapparition au quotidien de nombreuses contraintes existentielles, avec tous les problèmes psychosociaux qu’elles engendrent ne font que fragiliser l’homme moderne. La modernisation fulgurante du XXe siècle a permis de réduire de nombreuses contraintes et d’apporter le confort et la sécurité, mais ces changements positifs ont engendré d’autres problématiques. En effet, le monde d’aujourd’hui offre des possibilités technologiques qui permettent de réduire tous types de contraintes, et ces nouveaux comportements ont éloigné presque totalement l’Homme des sollicitations que lui imposait le monde extérieur. Ces sollicitations nombreuses et variées avaient pour effet de stimuler le métabolisme et de permettre l’acquisition progressive de capacités physiques. On ne peut nier que ces « bouleversements comportementaux » ont un rôle déterminant sur l’état physique de l’Homme ultra sédentarisé.
Toutefois, même si les campagnes de prévention actuelles basées sur la gestion des contraintes « du métier » sont incontournables, elles ne suffisent pas. On ne peut pas escompter que cette approche préventive ait un impact sur l’évolution des facteurs socio-économiques. Cet axe de prévention n’apporte par ailleurs pas de réponse aux comportements de l’homme.
Il est donc nécessaire parallèlement aux moyens de prévention classiques de construire au plus profond de notre société, une culture de l’hygiène du corps au même titre que l’éducation intellectuelle. Ce changement culturel devra, pour aboutir, passer par l’éducation de nos enfants.
En ce qui concerne les générations déjà actives, les professionnels de la santé - sécurité ainsi que des ressources humaines devront intensifier la mise en place de formations sur les gestes préventifs. À ces moyens classiques, devraient s’ajouter des outils de management permettant aux entreprises d’insuffler une nouvelle politique sécuritaire, centré sur l’individu, la gestion de son hygiène physique et de sa santé. À moyen terme, ces outils offriront le changement culturel permettant d’associer la sécurité et la santé aux objectifs industriels.



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